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Interview avec eAeon : icône de la musique indépendante

  • Photo du rédacteur: Ma Noya
    Ma Noya
  • il y a 1 jour
  • 11 min de lecture

Salutations, chers Kickers !

Si l’industrie musicale sud-coréenne rayonne à l’international principalement à travers la K-pop, elle abrite également l’une des scènes musicales indépendantes les plus riches et développées au monde. Vous le savez, j’ai un amour particulier pour la musique indé et alternative, et j’ai déjà donné la parole à de nombreux artistes de cette sphère dont on entend peu, voire pas du tout, parler en France, à travers mes interviews.

C’est une sorte de quête personnelle : vous faire découvrir des artistes moins connus, différents, mais tout aussi talentueux et méritants que n’importe quel groupe de K-pop.


Aujourd’hui, toujours dans cette optique, j’ai la chance de pouvoir vous proposer une interview avec l’une des figures emblématiques de la musique indépendante et alternative en Corée du Sud : eAeon. Artiste aux multiples talents et aux innombrables projets, il a accepté, pour la toute première fois, de s’adresser à un média européen. Nous avons ainsi pu échanger autour de sa carrière, de sa musique, mais aussi de sujets passionnants, comme le lien grandissant entre les artistes indépendants et l’industrie de la K-pop en Corée du Sud.


Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, comme d’habitude, commençons par présenter notre invité du jour.



Qui est eAeon ?

crédit photo : Mot Music


Lee Yong Hyeon, plus connu sous son nom de scène eAeon, est un musicien comptant déjà plus de vingt ans de carrière. C’est dès sa plus tendre enfance qu’il développe un intérêt profond pour la musique. Au collège, alors qu’il est déjà passionné par l’informatique, il découvre que les ordinateurs peuvent également servir à créer de la musique : une véritable révélation pour lui.

Il commence alors très tôt à apprendre la composition musicale par ordinateur en autodidacte, nourrissant son univers d’influences telles que Radiohead ou The Smashing Pumpkins.


En 1996, il fonde Mot, à l’origine conçu comme un one-man band. Quelques années plus tard, en 2001, il fait la rencontre de Z.EE, avec qui il partage de nombreuses inspirations musicales. Ce dernier rejoint alors le projet, transformant Mot en duo. Ensemble, ils se lancent rapidement dans la création de leur premier album studio, qui paraîtra finalement en 2004 sous le titre Non-Linear.

Un album absolument fabuleux, que je vous recommande vivement d’écouter. Non-Linear propose un véritable voyage au cœur d’une vallée de l’étrange, reposant sur une base rock enrichie d’influences jazz et trip-hop, le tout sublimé par un travail de post-traitement numérique d’une justesse remarquable.

Avec ses sonorités douces et mélancoliques, presque porteuses de désespoir et de pessimisme, l’album déploie une atmosphère aussi magnifique que sombre. Cette ambiance si singulière est également portée par la performance vocale d’eAeon. Sa voix délicate, presque vaporeuse, épouse à la perfection le charme glauque et hypnotique des arrangements instrumentaux.


Grâce à cet ensemble cohérent et audacieux, Non-Linear est largement salué par la critique lors de sa sortie et vaut à Mot le titre de « Rookie of the Year » lors de la cérémonie annuelle des Korean Music Awards.

Mot poursuit ensuite ses activités et accueille de nouveaux membres. Le groupe sortira notamment deux autres albums : Strange Season en 2007 et Ashcraft en 2016. Plus récemment, un compte Instagram a d’ailleurs été ouvert pour le groupe. Mais loin d’avoir révélé toute l’étendue de son talent à travers ces trois albums, eAeon se lance parallèlement dans de nombreux autres projets musicaux, se forgeant peu à peu une réputation d’artiste éclectique et multitalentueux.


On peut notamment citer Night Off, un duo qu’il forme avec Lee Neungryeong en 2018. Avec seulement quelques singles et un EP, le projet s’impose rapidement sur la scène indépendante sud-coréenne. Si la notoriété d’eAeon y contribue sans doute, ce sont avant tout les idées et le génie créatif des deux musiciens qui permettent au duo de se distinguer, notamment avec le morceau Sleep, devenu un véritable hymne de la musique indépendante en Corée du Sud.

Mais c’est sans doute à travers sa carrière solo qu’eAeon s’est le plus fait connaître.

Celle-ci débute en 2010 avec la sortie d’un premier single, All I Want for Christmas Is You. Il se consacre ensuite pleinement à ce projet entre 2010 et 2012, période durant laquelle paraît son premier album, Guilt-Free. Toutefois, eAeon met sa carrière solo en pause pendant plusieurs années, afin de se concentrer sur ses autres projets musicaux, notamment Mot et Night Off.

Il revient finalement sur le devant de la scène en 2021 avec une série de singles, suivie d’un album absolument grandiose : Fragile.

Cet album est notamment porté par le titre Don’t, produit par eAeon lui-même et interprété en featuring avec RM de BTS, qui participe également à la composition et à l’écriture du morceau.


Cette collaboration marque une étape importante pour la musique indépendante en Corée du Sud. Bien qu’il ne s’agisse pas de la première rencontre entre des artistes de la sphère indé et des idoles de la K-pop, on parle ici de deux figures majeures de leurs univers respectifs. D’un côté, eAeon, pilier de la scène alternative et underground coréenne ; de l’autre, RM, leader de l’un des groupes de K-pop les plus influents au monde. Don’t incarne ainsi la rencontre de deux mondes que tout semble opposer, mais qui, une fois réunis, donnent naissance à des œuvres d’une puissance remarquable.


Cela dit, il serait évidemment réducteur de résumer l’intérêt de Fragile à ce seul morceau, aussi excellent soit-il. L’album dans son ensemble déploie une atmosphère profondément mélancolique, teintée d’un subtil sentiment d’étrangeté — et si vous me connaissez, vous savez que le terme « étrange » est ici un véritable compliment. L’un des titres qui illustre le mieux cette dimension est sans doute Bye Bye.

J'ai un amour inconditionnel pour ce genre d'œuvres, qui savent toucher l'âme de l'auditeur tant par leur rythme que par leur mélodie. La combinaison du jeu délicat de Lee Hayoun au piano et des sons créés par ordinateur confère à Bye Bye un cachet unique, d'une douceur absolue.


De manière générale, eAeon excelle dans l'art de créer des chansons qui utilisent la mélancolie comme moteur, construisant toujours des mélodies et des atmosphères somptueuses autour d'elle. Et si sa voix y contribue beaucoup, c'est aussi sa manière d'utiliser les sons et les codes de la musique alternative qui donne à ses créations une touche si particulière. Et même s'il n'a pas sorti d'album depuis un moment, il continue de le démontrer avec ses récents singles.


Il est très difficile de rendre justice à un artiste aussi éclectique et complet en quelques paragraphes. C'est pourquoi, pour que vous soyez un peu plus familiers avec son univers, je vous propose de passer à l'interview et de découvrir ce qu'il peut nous révéler sur sa musique.


Interview avec eAeon

crédit photo : Mot Music


Pour commencer, peux-tu m'expliquer comment tu t'es intéressé à la musique en premier lieu et pourquoi tu as décidé d'en faire ton métier ?


"Mes parents adoraient la musique, j'ai donc grandi en écoutant beaucoup de folk. Dès l'âge de huit ans, j'aimais tellement la musique que je cherchais et écoutais des disques tout seul, même en l'absence de mes parents. Mais en réalité, j'ai rapidement été complètement captivé par le nouvel ordinateur familial et j'ai passé une grande partie de mon enfance à rêver de devenir programmeur.

Au collège, lorsque le matériel permettant de composer de la musique sur ordinateur est devenu accessible, j'ai découvert la joie de créer. Dès que j'avais un peu d'argent de poche, j'achetais des cahiers de composition que je lisais avec passion. À ce moment-là, je considérais la musique seulement comme un passe-temps. J'ai donc continué à en faire comme loisir tout en cultivant mon amour pour l'informatique.

Après mon entrée à l'université, j'ai été profondément déçu de découvrir qu'être programmeur n'était pas aussi libre et créatif que je l'avais imaginé. À peu près à la même époque, j'ai entendu l'intro de 1979 des Smashing Pumpkins et j'ai été tellement impressionné que je me suis dit : « Il faut que je devienne musicien moi aussi. » Je voulais créer quelque chose d'aussi génial, quelque chose d'unique, à ma manière."



Avant d'être connu comme artiste solo et éclectique, tu étais surtout membre du groupe Mot. Peux-tu me parler de sa création et de son histoire ? Et m'expliquer la signification du nom 'Mot' ?


"Tout a commencé comme un projet solo. Il n'y avait pas d'autres membres, mais, étant passionné par la musique de groupe à l'époque, j'ai présenté Mot comme un projet collectif plutôt que comme eAeon, l'artiste solo.

Au début, je jouais moi-même toutes les parties instrumentales jusqu'à ce que ça me convienne, mais j'ai rapidement compris les limites et la solitude de cette approche, et j'ai recruté des membres. Aussi incroyable que cela puisse paraître, j'ai simplement publié une annonce sur Internet et c'est ainsi que j'ai rencontré le guitariste Z.EE. En fait, il a été le seul à répondre sérieusement. Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avons découvert que nous avions des goûts musicaux et une façon de penser étonnamment similaires, et nous avons immédiatement commencé à travailler ensemble. Depuis, nous avons collaboré pendant plus de trois ans et avons sorti le premier album de Mot.

« Mot » signifie « étang » en coréen. En composant, j'ai ressenti une certaine « qualité de l'eau » dans la musique de Mot, mais ce n'était pas comme l'océan, une rivière ou un ruisseau. J'ai pensé que « étang » - quelque chose de mystérieux, voire effrayant, qui semble avoir une histoire à raconter - était plus approprié."



Cela fait des années que je suis obsédé par le premier album de Mot, 'Non-Linear'. Je sais que ça devient un souvenir lointain, mais pourrais-tu me parler de cet album ?


"Cet album retrace toute ma vingtaine. Je l'ai composé peandant cinq années, entre mes études universitaires et mon service militaire. N'ayant aucun ami ni aîné qui faisait de la musique, j'ai tout appris par moi-même, en cherchant sur Internet, sans aucun conseil ni aide. En réalité, certaines notions de musique et des choses comme l'ingénierie du son s'apprenaient facilement par la recherche et la lecture, mais le plus difficile était de savoir quand considérer le résultat comme « fini ». Je réenregistrais sans cesse, trois ou quatre fois, en modifiant les arrangements, et je recommençais jusqu'à obtenir le résultat souhaité. Avec le recul, je me dis parfois qu'au lieu de le garder sous le coude pendant cinq ans, si je l'avais considéré comme terminé et sorti alors que cette spontanéité était encore palpable, il aurait eu un charme différent. Bien sûr, sa texture sonore aurait été légèrement différente de celle de l'album actuel, Non-Linear."



Au delà de la carrière de Mot, tu as travaillé sur moult projets différents, notamment un autre band indépendant, Night Off. Peux-tu me parler de ce groupe et de comment vous avez réussi à créer des chansons uniques telles que 'Sleep' ou 'Because' ?


"Night Off est un projet que je mène avec Lee Neungryong, ancien guitariste et producteur du groupe désormais dissous « 언니네 이발관 The Barberettes ». Nous nous partageons la quasi-totalité du travail de manière égale égale. On pourrait dire que le résultat est un mélange moitié-moitié de ma couleur musicale et de la sienne. « Sleep » et « Because » sont toutes deux nées d'émotions que j'ai personellement ressenti, et Neungryong et moi avons constamment échangé nos morceaux, enrichissant et modifiant nos idées respectives pour les peaufiner. Le plus formidable, c'est que grâce à cette contribution mutuelle, nous atteignons des sommets que nous n'aurions pu atteindre individuellement."



Et bien sur tu es aussi très connu pour ta carrière en solo. Pour toi, est-ce que ça fait une grosse différence de tout seul ou en tant que membre d'un collectif ?


"Je pense qu'un groupe est une entité indépendante avec sa propre identité. Une fois cette identité créée et que des fans qui l'apprécient émergent, elle acquiert une valeur que je ne peux ni modifier ni toucher sans une profonde réflexion. Même s'il s'agit d'un one-man band. En revanche, mon travail solo en tant qu'eAeon est plus libre de cette contrainte. Je peux faire ce que je veux, quand je veux. Même si je fais de la glitch-pop (l'album « Guilt-Free ») et que, soudain, je me lance dans le jazz acoustique (l'album « Realize »), cela ne crée aucune contradiction. Car quoi que je fasse, le fait que je sois « eAeon » reste inchangé. Je peux donc travailler plus librement. Étant quelqu'un qui a toujours envie d'expérimenter, je souhaite explorer des horizons nouveaux avec « eAeon »."



Toujours à propos de ta musique solo, il y a eu presque 10 ans entre la sortie de l'album 'Guilt-Free' et celle de 'Fragile'. Pendant cette période, peux-tu me dire ce qui a influencé la manière dont ta musique à évolué ?


"Tout d'abord, j'ai moi-même beaucoup changé. J'ai appris à mieux m'accepter. Avant, je crois que j'essayais inconsciemment de paraître plus accompli que je ne l'étais réellement. Je pense que je me poussais parce que je voulais paraître meilleur, faire mine d'être une meilleure personne. Bien sûr, il est aussi vrai que j'ai atteint certains sommets musicaux grâce à ça. Mais maintenant, j'ai pris du recul et je suis capable d'explorer de nouveaux horizons plus sereinement, tout en appréciant pleinement le processus de création. Je suis devenu plus généreux envers moi-même, et c'est grâce à cela que j'ai pu m'épanouir. Aujourd'hui, je ressens une immense joie à continuer d'élargir le champ des possibles de ce voyage exploratoire qu'est la musique."


Dans l'album il y a la chanson 'Don't' chantée avec RM de BTS. Pourrais-tu m'expliquer comment tu en est arrivé à collaborer avec un idole de K-pop si connu ? Je suis aussi curieux de t'entendre parler de la chanson en elle même et de si c'était facile de combiner vos idées et de vous entendre sur quelle genre de chanson vous vouliez créer.


"Je connais RM depuis plus de 10 ans maintenant. Il était un grand fan de Mot et de ma musique depuis longtemps, et c'est lui qui a pris contact avec moi en premier, c'est comme ça qu'on est devenus amis. Même à l'époque, RM était déjà une star de la K-pop, mais au fil du temps, il a non seulement contribué à sa propre notoriété, mais aussi à l'essor de la K-pop elle-même. Observer cette ascension était incroyable et ça m'a rendu fier. Ensuite, à la demande de RM, j'ai collaboré avec lui pour sa mixtape solo Mono, et plus tard, en réponse, il m'a rejoint sur mon album Fragile. Pour cette chanson, j'ai essayé d'adopter un style plus familier et direct que pour mes autres morceaux. J'ai écrit des paroles avec des mots que les couples pourraient utiliser lors d'une rupture. Mais les paroles sur lesquelles RM avait travaillé et qu'il m'a envoyées étaient beaucoup plus poétiques. J'ai beaucoup aimé le contraste avec mes propres paroles, et je pense que cela a rendu la chanson plus intéressante."



Penses-tu qu'il y ai un avenir pour davantage de collaborations entre les idoles de K-pop et les artistes de la sphère indépendante ou alternative ?


"Oui. RM est à l'avant-garde de ce mouvement, non seulement dans sa collaboration avec moi, mais aussi avec de nombreux artistes K-alternative, et j'apprécie énormément ces initiatives. De plus, la culture coréenne dans son ensemble bénéficie d'une reconnaissance internationale, et je pense que l'existence des musiciens K-indie et K-alternative sera progressivement mieux connue dans le monde. Au fur et à mesure que la K-alternative gagnera en popularité, de nouvelles collaborations verront naturellement le jour."



Pour conclure, en tant que visage de la musique indépendante Coréenne, y'a-t-il quelque chose que tu pourrais dire à mes lecteurs pour les encourager à s'intéresser à la K-Indie ?


"Il existe une grande quantité de musique incroyable venant de la K-alternative et la K-indie. Avec ne serait-ce qu'un peu d'intérêt, vous saurez les apprécier."


Et c’est sur ces belles paroles que notre interview avec eAeon se termine. Il suffit d’un peu d’intérêt et d’ouverture d’esprit pour découvrir la richesse de la musique indépendante. J’ai à cœur de mettre ces artistes en avant, et c’est un honneur d’avoir pu vous proposer cet entretien avec eAeon, un des piliers de ce milieu. J’espère que cette rencontre avec un artiste aussi atypique vous aura plu. Je vous retrouve très prochainement pour de nouvelles interviews : notre quête pour faire connaître la K-indie et la musique alternative coréenne est loin d’être terminée ! À très bientôt, et d’ici là, portez-vous bien !



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